[Texte de nihil avec l'aimable collaboration improductive d'Aka, Nounourz, Narak et Ventoline, parce que nous on est pas des moutons, on pense individuellement à cinq]
Cher ami, tu as suffisamment subi les moqueries de tes camarades de classe. Comme eux, tu as décidé de devenir « subversif ». Nous te félicitons de ton choix, la subversion, c’est ce qui ce fait de plus en vogue dans les cours des lycées et des Facs de France. Sur la Zone, nous sommes des experts renommés dans ce domaine, tu peux te fier à nos conseils. Il te suffira de suivre ces quelques conseils simples pour devenir, toi aussi, comme tout le monde, « subversif ».
Tu dois d’abord savoir qu’être subversif, c’est être libre d’esprit, refuser toute pensée pré-établie, ne suivre aucune école ni aucun dogme. Pour comprendre comment réussir, nous te proposons de suivre à la lettre ces quelques préceptes. Ce n’est guère compliqué, nous ne te demandons pas de comprendre : il te suffit d’obéir pour devenir un vrai True Rebelz. Première étape : le physique. La subversion c’est avant tout une mode vestimentaire : il te suffira de t’habiller en noir (option alternative : habille-toi en treillis kaki pour bien montrer que tu es en guerre contre cette société de merde) pour te créer un personnage d’associal qu’on s’arrachera pour les soirées. Laisse pousser tes cheveux ou rase-les. Il n'y a pas de milieu. Le but n’est pas qu’on t’assimile à un métalleux ou à un gothique primaire, ceux-là ne sont que des putains de moutons qui suivent la norme (apprends cette dernière phrase par cœur, elle te sera très utile), il faudra savoir cultiver une certaine originalité pour mieux te fondre dans la masse. Je sais pas moi, porte toujours un bandana ensanglanté autour des poignets. Avec ça c’est sur que t’auras pas l’air d’un naze. Tagge ton sac à dos avec un logo Anarchy au Typ-Ex. Machouille constamment un cure-dents, pour donner l'impression que t'es un dingue. Les gens qui se tondent le bouc, c’est des putains de moutons : cultive amoureusement les trois poils que tu vois poindre dans la glace le matin. Si tu à moins de trois poils, c’est que tu es trop jeune pour être un rebelle. Profite-en pour te moquer de ton petit frère, qui n’est qu’un putain de mouton assujetti aux normes sociales et familiales. La rébellion ça doit se voir sur ta gueule : plante toi des hameçons plein le pif, les sourcils, les oreilles. Colle-toi des peintures de guerre sur les bras, faites au cutter et au stylo-plume s’il le faut. Tu as peur de la douleur ? La simple vue d’un mec qui se fait tatouer te fait tourner de l’œil ? Tu trouveras dans ce cas de faux piercing ou de faux tatouages à bas prix dans le grand commerce. Le grand commerce, c’est encore ce qu’il y a de plus underground comme chacun sait. Essaie d’être maigre : on ne peut pas être un rebelle si on est gros (sauf Guy Carlier, ça reste un pionnier du genre même si il est un peu old-school) Deuxième étape : la culture. La vraie culture c’est pas les livres ou la peinture, ça tout le monde s’en branle, la culture c’est les CD de la Fnac. Dans ce domaine il va falloir que tu choisisses un créneau limité. La procédure est très simple : rends-toi chez ton marchand de journaux et achète tous les magazines de métal, techno, musique gothique, rap. Lis-les à fond et repère les groupes qui te semblent les plus prometteurs : Anal Corpsevomit (métal), DJ Anal Explosion (techno), Anal Boogy Temptation (groove), Anal Dissected Angel (musique gothique), MC AnusDTC (rap français), Anal Doggy Crew (rap US). Ce ne sont que des exemples. Inutile de tenter de te procurer ces horreurs inaudibles, il te suffit de dire que tu les écoutes, et de dessiner leur logo dans la marge de ton cahier de biologie (à spirale et grands carreaux pour les vrais rebelles alternatifs). Pense à bien repérer l’étiquette musicale attribuée à ces choses par les journalistes : extreme-terrorcore, true evilhip-hop, brutal grindrockabilly, black harshdisco-funky. Tu ne sais pas ce que cela signifie : eux non plus et tout le monde s’en fout, il s’agit juste de ne pas être piégé par tes potes malveillants qui essaient de te faire passer pour un putain de mouton. Parlons cinéma : je te rassure nous ne t’obligerons pas à regarder ces infâmes daubes ennuyeuses qu’on nomme films d’auteurs. Il existe de nombreux films subversifs dans la catégorie des blockbusters américains, et au moins tu auras droit à quelques explosions et à de la musique moderne pour soulager ton ennui. Bon d’accord tu as pleuré devant la fin de Bambi, mais ce coup-ci il va falloir te soumettre à une discipline stricte : pas d’émotions visibles. Ton corps est tel le roc et ton esprit tel le nénuphar. D’autant que le cinéma n’est pas une activité culturelle mais une activité sociale : on y va avec son crew (= bande de glands en anglais). Un true rebelz ne pleure pas : il reste pensif. Un true rebelz ne montre pas de sentiments définissables parce qu'il n'en a aucun. Il te faudra apprendre par cœur la phrase suivante : « c’est une putain d’œuvre révolutionnaire qui ouvre des perspectives infinies sur la condition de l’individu au sein de cette société qui nous asservit tous man. C’est un genre de parabole moderne contre le mercantilisme à outrance et contre l’esclavage des cerveaux. C’est assez roots dans le principe, mais ça tape grave ». Tu n’as rien capté ? Moi non plus. Je te rassure tout de suite, tes amis feront semblant d’avoir compris, eux. J’oubliais : cette phrase s’applique à tous les films subversifs que tu vois. Troisième étape : le langage. La caractéristique des véritables asociaux de notre temps, c’est qu’ils parlent sans arrêt à leurs centaines d’amis. Mais pour te différencier de tes moutons de potes, il va te falloir apprendre quelques insultes. La vulgarité est la condition sine qua non de la rébellion. Le mot « putain » te servira désormais de ponctuation. Traite ton père d’enculé, la sœur de connard, ton frère de fils de pute, ton chien de sale mouton, ton mouton de sale chienne, ta mère de sale capitaliste. Inutile d’être pertinent, il te suffit d’être révolté. Dans ton langage, certaines locutions doivent tenir lieu d’insultes : bourgeois, retraité, paysan, nihil est un pianiste, Bernard-Henry Levy, disjoncteur, chaise à roulettes... Les anglicismes font toujours leurs petits effets. Mais là c'est reservé aux artistes du genre. Les anglicismes c'est comme essayer de s'autosucer : ça donne un style, mais c'est risqué. Tout d'abord, ne jamais prononcer de mots français avec l'accent anglais ! C'est réservé aux jet-setteurs et aux bourgeoises de treize piges. Par contre utiliser des mots super pointus pris au pif dans le dictionnaire français-anglais, ça c'est hype. Et si tu t'est courageux il reste le summun : Le russe, l'allemand, le tchèque, l'ouzbek...Amuse toi ! Le but du langage alternatif c’est de ne pas être compris, par personne : souviens-en toi la pour phrases de ta leur construction faire. Si tu n’y arrives pas, il reste toujours le verlan : enviensen oit oupr zephra edta eulr structioncon refai. Si tu n’y arrives toujours pas, il reste toujours le langage SMS : h4nvieb what oup sfra dt 34 truxion reufé. Si tu n’y arrives toujours pas, il reste le langage hacker : h4nVi3B wOOt 0uP Sfr4 dT truXXionZz r3F3. Si tu n’y arrives toujours pas il reste le français classique, toujours très underground dans les cours de récré : « merci de bien vouloir vous en souvenir lors de la construction de vos phrases un point à la ligne. Merci de votre attention.» Quatrième étape : le comportement. Tu es désormais un véritable rebelle, tu hais les lois et les contraintes, tu grommeles d’un air pensif quand tu croises des flics, tu te fous de la gueule des yorkshires assujettis aux normes sociales. Pour assouvir ton besoin urgent de rébellion, il va te falloir tagger le mur des chiottes de ton lycée avec un gros feutre ou avec ton urine. Le logo d’Anal Corpsevomit conviendra totalement. Ainsi tu pourras cracher sur cette société de merde en faisant tes heures de colle. Si ton professeur te fait une remarque, tu peux toujours glousser comme un dindon en pensant bien fort : « esclavagiste de merde, je t'éclaterai bien le larynx à coups de botte. ». Une alternative avantageuse au vandalisme serait de jouer du diabolo dans la rue d’un air pensif. Très roots. En troupeau, les rebelles Underground ont pour coutume de parler trop fort dans les transports en commun, parce qu’ils n’en ont rien à foutre de tous ces putains de moutons intégrés, eux au moins ils ont leur liberté de penser et n’hésiteront jamais à clamer tout haut que la dernière mob kittée à Kevin c’est de la chiotte. Le rebelle est un être à la sexualité et aux pratiques déviantes : tu n’as jamais fait de bisous avec la langue à une fille, mais il va te falloir te vanter que pour toi, le sexe ne vaut que si la victime est attachée au plafond avec du barbelé. Ca n’a rien de subversif mais ça fait classe. En attendant, dessine des spirales sur ton bras avec un cutter rouillé. Ca aussi ça fait classe et si on te fait chier, tu n’auras qu’à dire que c’est parce que tu as eu une enfance malheureuse et que ton père t’as violé à six reprises pendant que ta mère t'injectait de l'héroine directement dans la prunelle des yeux. Cinquième étape : l’alimentation. Tu es un opposant au régime mis en place. Tu es un agitateur, un provocateur, un animal, tu trouble l'ordre public, tu es dangereux, tu est donc constamment menacé. Les autorités peuvent débarquer chez toi à tout moment, du moins c'est ce que tu crois. Donc, il faut éviter d'attirer l'attention en utilisant quelque chose d'aussi repérable qu'une gazinière. La nourriture doit être simple, froide et dégueulasse au possible. Les nouilles chinoises instantanées sont l'aliment de base du rebelle, mais le Bolino reste une valeur sûre à condition d'être noyé dans un liquide dépassant les 40° d'alcool. La bière c’est hype et en même temps pas tant que ça. Ce n’est pas parce que des générations de beaufs se pourrissent à la Kro depuis l’antiquité que tu ne dois pas les imiter. Mais un vrai niqué de la tête comme toi ne peut pas se permettre de boire une vulgaire boisson de prolo ! Un vrai rebelle boit vite et fort : Cocktail artisanal Vodka/Tequila/Whisky écossais (Que des alcools de révolutionnaires) dillué dans du jus d'orange Liddl parce que comme tout bon rebelle subversif qui se respecte, tu n'as pas trop de tunes. Mieux encore, boire des alcools que personne ne boit, ni même ne connait : L'Arak maison fait dans des garages clandestins au Pakistan, ça reste un must. Et si il est frelaté alors là, c'est Jackpot ! The ultimate touch ! Et on boit tout d'un coup hein ! Parce que tu n’as rien à foutre de la vie et que comme tu souhaites crever avant d’avoir trente ans, t’as rien à foutre de la cirrhose. La gerbe et la gueule de bois, c’est hype aussi. Tu aimes ta souffrance, ça fait goth (mais tu ne l’es pas, n’oublie pas que ce sont des fucking pédés). Mutile-toi. La cigarette c'était un truc de mouton ya pas si longtemps que ça, mais maintenant que les fumeurs sont une minorité opprimée il est temps que tu t'y mette. Fume au minimum un paquet par jour et n'importe où, quitte à te faire jeter. C'est une question de liberté individuelle. Le cancer est ton but final et tu l'atteindra. Le shit c’est alternatif, tous les grands rebelles en prennent. Ca les rend pensifs. Imite-les pour mieux développer ton individualité. Sixième étape : les idées. Refuse. Tout en bloc. La société, l’humanité, la morale, la religion, le formatage, un autre café... C’est les moutons de merde qui acquiescent sans arrêt, et qui bêlent de contentement alors que la main de leur maîtres les conduit à l’abattoir. Il ne faut jamais dire oui, quitte à proposer à ton interlocuteur de reformuler sa phrase pour mieux lui opposer un gros « non » de rebelle underground et subversif dans sa face de con. Prêche l’action, la révolution, la sédition tout en tétant ton pétard, vautré dans ton canapé. Si on te fais chier, reprends une bière et prends l’air pensif en te découpant des bouts de peau avec ton cutter. Ne réponds surtout pas, ou alors une citation tirée au hasard d’un bouquin de Nietzsche que tu auras préalablement acheté cinquante balles à la Fnac. Ca te donnera un coté classe. La subversion, ça attire les filles...euh je veux dire les tassepé. Mais bien évidemment tu ne t'y interresse que trés modérément parce que toi ce qui t'exite c'est les scouts morts d'hémorragie rectale. ( Ah, ben maintenant t'est subversif mec ! Faut assumer.) Si tu te sens incapable de mettre ces préceptes en pratiques, définis toi un personnage d’artiste maudit fantasque et flou, parle par paraboles stupides, entre en transe au milieu des conversations, ricane douloureusement lorsqu’on annonce une mauvaise nouvelle. Invente toi de nouvelles personalités déviantes et change en au hasard. Il va te falloir un véritable crâne humain en stuc. Ca doit se trouver à la Fnac. Toute forme d’optimisme est à exclure. La subversion c’est sombre, c’est la colère et la vengeance, alors il va falloir que tu t’énerves pour tout et pour rien et que tu n’aimes personne. Tu as déjà l’habitude de hurler sur ta Maman, cette sale chienne, quand elle t’oblige à venir à un repas de famille alors que tu souhaites rester avec tes amis à fumer des pétards en écoutant Anal Dissected Angel. C’est parfait. Il serait mieux encore de tenter de lui coller un coup de couteau de cuisine, à moins que (malgré le fait que tu appelles à la lutte armée) tu aies peur de la vue du sang. Voici quelques pistes. Maintenant que tu es un être émancipé et libre, tu seras tout à fait capable de poursuivre dans cette lignée. Par contre si tu dévie de cette ligne de conduite, c’est que tu es un putain de mouton et tu mérite donc de crever la gueule ouverte. UnD3rGrOuND r3wLZz.
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= chemin =Dossiers / La subversion pour les nuls = résumé =[ La subversion c'est une affaire de rébellion, et dans ce domaîne on se doit de s'intéresser à une catégorie de gens en particulier : les adolescents, experts en révolution pleurnicharde et en mal-être acnéique. En plus ça pullule comme des morbachs sur la Zone en ce moment les ados. C'est donc à eux que s'adresse ce texte, qui leur donnera quelques clés pour devenir eux aussi des vrais rebelles en carton. ] |