J’éjacule à longs traits dans le tube en plexiglas et le capteur de liquide au fond déclenche l’appel d’air qui libère mon sexe de la pompe. Le stimulateur prostatique se décroche et se rétracte en bourdonnant dans le sol carrelé. Je me relève de la table en attendant le signal sonore qui annonce l’évacuation de la salle de prélèvement. Je bande encore, mollement et j’ai du sperme qui goutte au bord de mon prépuce. Je me place déjà devant la porte. L’habitude…
Un click et la porte s’ouvre, il me reste maintenant 6 secondes pour sortir. Je fais quelques pas et la porte se referme pendant que je positionne mes pieds sur le marquage au sol. Les bras écartés, le menton sur la poitrine, tous les muscles du corps prêts à encaisser le choc.
Premier click et les jets muraux se déclenchent : 30 secondes de mélange détergent épidermique/eau tiède 20 secondes de rinçage à l’eau froide 10 secondes de séchage thermique par une sorte de réacteur rouillé suspendu au dessus de ma tête. Je récupère mes vêtements et je retourne dans ma chambre. Dans les couloirs, elles ont peints des lignes au sol. La mienne c’est la jaune. Je la connais tellement à force d’avoir marché dessus, les yeux fixés au fond de la coursive, et les oreilles à l’écoute des clicks. C’est ma ligne. C’est tout ce que j’ai. La ligne c’est la vie. La ligne c’est la mort. Jaune comme le suicide, ou jaune comme le salut…Jusqu’à la prochaine fois. Si je décide de m’en écarter, il me restera 11 secondes pour revenir. Le temps de trois clicks très exactement avant qu’elles me suppriment. Les nano-batteries dans ma colonne vertébrale déclencheront une série de spasmes musculaires qui me briseront l’échine. « Mâles matriculés, 0303, 0882, 5060, et 9011. Au contrôle médical. » « Fin de la série de prélèvement 7. Début de la série de prélèvement 8. » Des pas résonnent au dessus de moi, dans les centaines de coursives, de sas et de salles aseptisées de l’institut. Elles. Omniprésentes. Partout leurs bottes claquent sur les grilles. Pendant ce temps, j’arrive au bout du couloir et je tourne à angle droit sur ma ligne. Ma porte s’ouvre automatiquement. La lumière s’ouvre automatiquement. La caméra s’allume automatiquement. Je prends les trois pilules posées à coté d’un verre en plastique rempli d’eau. Pas de matières solides comme du verre, de la porcelaine, ou du métal, qui pourraient être détournés pour en faire des armes. J’avale les pilules. Un antidépresseur, un calmant, et un régulateur de testostérone. Je dois rester productif. Si je ne produit plus de sperme je suis un poids mort. Si je n’obéis plus je suis un danger. Si je meurs je suis inutile. Car " Les mâles sont inférieurs en tout aux femmes." " Si vous êtes là, c’est pour nous aider, nous protéger, nous honorer. " Les mâles servent de main d’œuvre pour tous les travaux physiques. Ils aident. Les mâles protègent quand on le leur ordonne. Aucun acte violent ne leur est permis, mais ils doivent protéger. Moi j’honore. Comme la majorité des mâles Le mâle dans la cellule d’à coté est complètement ravagé. Je l’entends gémir assez régulièrement. Un jour je l’ai entendu hurler que nous étions exploités. Que la Gynécratie était une abomination. Que nous étions leurs égaux et qu’elles ne pouvaient pas se passer de nous. Après j’ai fait semblant de dormir parce qu’elles arrivaient. Il disait que nous allions tous crever. Elles l’ont évacué. Maintenant il ne parle plus. Elles lui ont sectionné les cordes vocales. Il est constamment surveillé par quelqu’un, et il a une sonde en permanence pour évacuer ses excréments parce que de toutes façon après, qu’on se soit fait évacuer, la plupart des fonctions vitales ne fonctionnent plus. Moi je m’en fous. Je n’ai aucune envie de prendre des risques. Les pilules m’empêchent de me concentrer suffisamment de toutes façons. « Elles ne peuvent pas se passer de nous » Elles le font pourtant, parce qu’elles n’ont besoin que de certaines de nos capacités. Le sperme. Pompé régulièrement à 8 heures d’intervalles. Mis en commun et distribué sur le marché. Donneur inconnu. Combien ai-je d’enfants ? Ça me fait mal à la tête de penser à toutes ces choses. Je vais essayer de m’endormir et ça ira mieux. Une grosse araignée me marche sur le bras. Avec sa petite démarche mécanique. Un petit paquet de fil sur son dos quelle emmène avec elle. Sa proie. Son repas. J’ai envie de rire quand je me rends compte qu’elle porte le cadavre de celui qui l’a fécondé. Mâles matriculés....0215...0999...4502...médical...palier 5 dans 30 secondes...séquence...
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= chemin == résumé =[ A première vue, cette contribution au dossier 'phobie' ressemble à un total hors-sujet, puisqu'il n'y est jamais question de peur ou de phobie. Hors de ce cadre, c'est un texte d'anticipation correct, situé dans un contexte matriarcal. Le rôle du mâle se limitant à la procréation et à la main d'oeuvre. Pas très original, mais correct. ] |