On a tous peur de quelque chose, pas vrai ?Certains sont agoraphobes et détestent les grands espaces, à l'opposé les claustrophobes paniquent dès qu'ils entrent dans un ascenseur. On se débrouille comme on peut pour éviter de devoir les affronter en général. Et si, un jour, on n'avait pas le choix ?
Le vin.
J'ai mis du temps avant de comprendre qu'il était drogué, mais le fait que les médecins insistent à chaque repas pour qu'on en boive à fini par me faire percuter. Foutu vin. Dès lors, il était clair qu'ils faisaient ça pour détruire notre mémoire. Pourquoi ? Je réalisais à ce moment là que j'étais incapable de dire qui j'étais. Un nom, Rostoff, une nationalité, français d'origine russe,et c'est tout. Je ne savais pas ce que j'avais fait hier, ni ce que je ferais demain, le pire étant que cela me paraissait parfaitement naturel. Sauf qu'hier soir, je n'ai pas touché au vin. Et là où Lakan, l'un de mes deux colocataires, ne semblait pas se rappeler de ce qui lui est arrivé avant le repas, mes souvenirs ont tenu le coup. Des serpents, par dizaines puis par centaines. Des saloperies de serpents, la seule chose au monde qui me réduit à l'état de môme de 7 ans. " - Hé, Staline et Roosevelt, voilà Hitler ! " Deux infirmiers ont saisi mon autre camarade, Hans, et l'ont balancé dans le dortoir. Il n'arrêtait pas d'hurler, son corps semblait être agité de tremblements incontrôlables. " - Je vais tomber, je vais tomber.... je vais m'écraser, il faut pas que je regarde en bas, IL FAUT PAS !!! " Pendant que Lakan tentait de calmer Hans, je réfléchissais calmement. Un type qui flippe parce qu'il va tomber a sans doute été mis dans une situation de vertige récemment. Or, hier, je me souviens hélas très bien de la trouille que j'ai éprouvée devant ces horribles serpents moi-même. Conclusion : on est tous victimes d'une expérience. Visiblement, ils savent ce qui nous fait peur et trouvent un moyen d'en jouer sur nous. Bravo, Rostoff, t'as un sacré sens de la déduction, seulement un truc clochait : le casque. Avant mon expérience de la veille, on m'avait collé un casque sur la tronche, et je n'en pigeais pas l'utilité. J'ai pensé à ça un petit moment avant d'avoir une révélation ; sur le coup, j'ai failli éclater de rire tellement c'était évident. Tout ça, c'était du virtuel, de la connerie. Les serpents n'existaient pas, Hans n'avait pas été sur le toit d'un immeuble, et les casques servaient à nous faire croire que toutes ces saloperies avaient vraiment lieu. Pourquoi ? Je n'en savais rien. Néanmoins, je n'avais qu'un moyen de savoir dans quel but on nous droguait et on nous faisait passer ces horreurs de tests ; je devais vaincre ma trouille pour comprendre. Une heure plus tard, comme la veille, les deux infirmiers sont allés me chercher. Ils m'ont bandé les yeux, nous avons marché un moment et quand ils m'ont remis leur sublime couvre-chef, j'ai senti mon cœur s'accélérer. Puis, les lumières ont semblé s'allumer et quelqu'un m'enleva le truc devant les yeux. J'étais dans une pièce blanche, visiblement cubique, dont la seule irrégularité était une petite trappe par laquelle passaient... des serpents. Ils entrèrent, chacun leur tour, et tout en sentant mes entrailles frissonner, je me rappelais ce que j'avais déduit de mes observations : tout cela était virtuel, les serpents n'existaient pas, ni la pièce ni rien, ce n'était qu'un test que je devais gagner. Les serpents se rapprochaient. Quelques minutes après, quand l'un a commencé à ramper entre mes jambes, j'ai failli hurler. Lorsqu'ils glissèrent le long de mon mollet, j'ai vraiment hurlé. Calme. Reste calme, putain, ne panique pas Rostoff. Tu vois ces trucs, tu les sens, tu les entends, mais ils ne sont pas là. Je me suis recroquevillé sur moi-même, en position fœtale, en tentant d'oublier tout ce qui m'entourait. Le cauchemar a encore duré des semaines, des années puis des siècles. Et il y a quelques minutes à peine, alors que je me remémorais les évènements m'ayant conduit à cette situation, j'ai réalisé qu'il n'y avait plus de serpents dans la pièce. D'ailleurs, il n'y avait plus de pièce blanche, juste le noir complet, même quand j'ouvrais les yeux. Je ne sais pas ou je suis. "- Enlevez votre casque, monsieur Rostoff. Vous avez réussi cette épreuve, bonne chance pour la suite. " Le casque. Avec toutes ces histoires j'avais oublié qu'en réalité, il était encore sur ma tronche. Y a pas à dire, leurs simulateurs sont vraiment biens foutus. Une fois que je l'ai enlevé, je me rends compte que je suis dans une chambre, grise cette fois, avec un bureau et quelques chaises, genre " cabinet de médecin ". Un seul point commun avec l'ancienne pièce, la " fausse " : la trappe au-dessus. Attendez... " bonne chance pour la suite " ? Ca voulait dire quoi ? J'ai gagné, j'ai réussi à ne pas paniquer, j'ai vaincu leurs foutus serpents qui n'existaient pas, qu'on me libère ! J'entends un sifflement caractéristique en sortant, et soudain, une forme familière en sort. Puis une autre, puis encore une autre, mais cette fois au bout d'un demi-douzaine quelqu'un referme la trappe de l'intérieur. Je ne vois pas ou ils veulent en venir : j'ai tenu devant une centaine de ces horreurs, quelques-unes ne vont pas me faire paniquer. Je m'approche du premier pour vérifier, et soudain, celui-ci siffle, bondis et me mords. Il m'a mordu la main. Je hurle, pas uniquement à cause de la douleur, mais parce que si je sens que j'ai mal, c'est que cette fois ils sont vraiment là. Je cours, je cours, mais la pièce est petite et ils vont me rattraper. J'appelle en vain à l'aide, je crie de toutes mes forces mais personne ne répond. Ils sont là, ils arrivent, d'ici une seconde ils vont se jeter sur moi. Alors, je tente le tout pour le tout : je prends mon élan, je cours quelques mètres et me jette, la tête en avant, contre le mur. L'infirmière Cushing se tourna vers le docteur Lee. " - Monsieur, le patient 1138 s'est suicidé durant la deuxième phase du test. Il faudra envoyer l'équipe B s'occuper de ça. - Dommage, il était plus malin que les autres. L'équipe A m'a signalé qu'il n'avait rien bu hier, c'était assez prévisible qu'il en arrive là. Encore quelques semaines de tests, et le gouvernement nous autorise à appliquer le tout à la population civile. - Vous n'avez pas peur des conséquences ? - Ma chère, vous savez aussi bien que toi qu'on ne gouverne ni par le respect, ni par le force ni par l'intelligence. Le seul pouvoir au monde qui dicte nos actes, c'est la peur. "
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= chemin =Thèmes / Obscur / Anticipation = résumé =[ C'est texte n'est pas psychopathologique, comme on aurait pu le supposer, c'est plutôt de l'anticipation entre Cube et 1984. Enfermement, manipulation et expérimentations de masse. Bon, c'est pas franchement brillant, les scènes marquantes sont presque esquivées et la psychologie des personnages pas très profonde. Ca se laisse lire, sans plus. ] |